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    July, 2007

    L'épopée des Chatons

    C'est une histoire qui commence comme un conte de fée. Il était une fois un abruti. Il vivait heureux sa petite vie d'abruti, côtoyait ses copains abrutis et n'embêtait -presque- personne. Un jour où notre abruti faisait -presque- consciencieusement son travail, ne voilà t'y pas qu'en déplaçant une caisse, il découvre quatre petites boules frémissantes. En se rapprochant et en ouvrant bien grand ses yeux d'abruti, il découvre des poils, quatre pattes et de toutes petites oreilles sur ces drôles de boules: des chatons!
    Les yeux encore fermés, serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud en l'absence de leur mère, nos insouciants chatons ne se doutent pas que ce gros bonhomme n'a rien de la bonne fée du conte.
    Mais revenons à notre abruti, car lui n'a pas de temps à perdre en considérations. Et d'ailleurs, c'est quoi des considérachoses?
    Il tend sa grosse patte d'abruti vers les boules gênantes, les attrape et les pose sur son chariot pour remettre -presque- correctement sa caisse, puis va vers le bureau du chef et pose par terre les quatre petites choses miaulantes et inquiètes. Puis il sort en prenant bien soin de fermer la porte et retourne finir sa journée d'abruti, l'esprit tranquille et heureux à l'idée de l'apéro d'abrutis qui l'attend le soir. Ici se termine notre histoire d'abruti...ou presque. Presque parce que nos petites boules sont toujours par terre.
    Ils ont froid, faim et ne peuvent pas voir pourquoi leur maman ne revient pas, leurs yeux refusent obstinément de s'ouvrir.Ils ne peuvent rien faire d'autre que miauler et se blottir les uns avec les autres pour garder un peu de leur chaleur. De temps en temps un bruit -la porte qui s'ouvre- mais pas le bruit de maman. Et la faim qui s'installe avec le temps qui passe. Puis encore du bruit et l'une des boules de poils disparaît.
    Maman? Maman pourquoi tu ne viens pas? Où est parti notre frère? Pourquoi il ne revient plus lui non plus? Et le froid, et la faim.  Encore le bruit, encore un chaton qui s'éloigne de ses frères dans les mains d'un inconnu, self-service de chatons.
    Quatre moins deux, reste deux, deux petites créatures paniquées, affamées et perdues. Puis le bruit, de nouveau, et une chaleur au dessus d'eux, mais pas celle de maman. Et le sol qui n'est plus sous leurs pattes. Tu es là petit frère? Oui, je suis là, nous sommes ensemble, il nous restera au moins ça, l'odeur de l'autre et le souvenir déjà flou de la chaleur et de la douceur de leur maman.
    ET alors que les nouveaux nés partent loin de l'entrepôt qu'ils ont toujours connu, une chatte blanche et rousse se met à chercher ses chatons.
    Une voix, pleins de voix, ça bouge, faim, ça bouge encore.
    Deux voix, graves, puis une troisième, plus aiguë, puis encore deux autre, mouvement, faim, odeurs bizarres, faim.
    ET enfin, immobile, calme, une main nous enveloppe, quelqu'un approche quelque chose de notre bouche: à manger!
    Les chatons ont au plus une semaine, ils n'ont pas mangé depuis plus de 6 heures, sinon davantage, ils sont si petits qu'ils tiennent à deux dans une seule main et leurs poils n'ont pas encore poussé sur leurs pattes. Ils miaulent tant qu'ils le peuvent, tremblent de faim et de froid et ressemblent plus à des petits rats qu'à des chats. Mais ils sont mignons et attrapent de toute leur petite bouche sans dents la tétine du biberon qu'on leur présente, rage de manger, de vivre.
    C'est comme ça que je les ai vu la première fois, avant qu'ils ne repartent dans le carton dans lequel ils étaient venus. Ils ont navigués de maison en maison, les chatons de cet âge impliquent de grosses contraintes, trop parfois, surtout pour ceux qui l'ignoraient, avant de finalement s'échouer chez moi.
    Les bébés ont aujourd'hui un mois passé, ils ont ouverts leurs yeux qui oscillent entre le vert et le bleu, sont d'un beau roux, angora pour l'un, court et rayé de blanc pour l'autre, et après avoir si longtemps naviqué, on ne pouvait pas ne pas leur donner des noms de pirates.
    Voici donc l'épopée de Jack Sparrow et de Mr Cotton, adorables petits chatons en quête d'un peu de chaleur et d'amour, n'en déplaise à tous les abrutis de la terre.
     
    CSM