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July, 2008 Nouvelle- Episode 9 "Renaissance"« Faim ! Mordre ! » comme un ordre. « Non ! » une voix, celle de Papa. Impression fugitive. Dans un éclair de lucidité, Solène se détache de l’arbre, mais pas totalement. Une part d’elle gronde, une part sombre, menaçante, puissante. Son instinct s’est réveillé, animal trop longtemps endormi qui s’élance de nouveau, emportant sa conscience, sauvage, incontrôlable. Incontrôlable ? Non, pas tout à fait. Elle sent qu’elle peut le dominer, elle sent une force –Papa- qui se joint à la sienne pour reprendre le dessus sur l’animal. Elle le dirige vers l’arbre, lui ordonne de lui obéir, de soigner. Elle le sent agir, elle sent qu’il lutte, puis se plie à sa volonté. Elle sent qu’il réunit de l’énergie, puis qu’il la fait sortir d’elle. Il cautérise avec, soigne. L’arbre hurle, dans son langage d’arbre, silencieux. La vapeur cesse de tourbillonner. L’onde s’atténue. L’animal gronde de frustration. « Faim ! » Elle le muselle. C’est ça qui a dévoré sa sœur, comme un cauchemar. Elle s’en souvient, puis le souvenir s’échappe. Solène oblige l’animal, son corps, sa conscience doit retourner dans son corps. Non dit le fauve, pas envie grogne le fauve. Pas dormir, manger ! Elle vacille, elle se bat, Papa l’aide. Elle force le fauve, gagne. Silence.
Solène ouvre les yeux, désorientée. Le monde autour d’elle est toujours étrange, différent, brillant, mais elle arrive à contrôler ses pensées. Elle ne comprend pas exactement ce qu’elle a fait ni surtout comment elle l’a fait et cela l’effraie. Elle tourne la tête vers l’arbre et constate qu’il est guérit. Solène tend prudemment sa conscience vers l’arbre, tout en faisant attention de ne pas libérer à nouveaux l’animal qui dort en elle. Elle ne comprend pas qu’une telle créature puisse exister à l’intérieur d’elle-même sans qu’elle le sache, qu’elle se connaisse si peu. Ou plutôt, qu’elle ai pu oublier pendant tant d’années cette présence, cette autre facette d’elle-même. Le contact s’établit avec l’arbre. Au début elle se contente de sentir de vagues sensations, puis les sensations s’assemblent en images et Solène comprend que l’arbre lui parle à travers elles. Une image fleurit dans son esprit, deux amis qui se regardent avec gratitude, il la remercie. Solène lui renvoie une image qu’elle ébauche maladroitement, celle de deux enfants qui se tiennent par la main : amitié. Une onde chaude et réconfortante émane alors de l’arbre, l’enveloppe. Les images s’étoffent, s’organisent et se substituent aux mots. Bientôt, Solène commence à mieux contrôler ce nouveau mode de communication et un vrai dialogue s’engage. Si quelqu’un était entré dans la chambre à ce moment là, il aurait été surpris par l’air étrangement jeune de la femme qui occupait le fauteuil devant la fenêtre. En regardant de plus près, il aurait sans doute été terrifié par les yeux de cette femme, par leur couleur de bronze liquide, le lent tournoiement qu’on pouvait y voir et la lueur carnassière qui y dormait. Sans doute Solène elle-même en aurait été terrifiée, mais la Solène qui se tenait dans ce fauteuil n’était plus la Solène qui s’y était tenue seulement une heure auparavant. Et ce qui l’aurait certainement le plus terrifié, c’est de savoir qu’aucun retour en arrière n’était dorénavant possible. D’une certaine manière, Madame Solène Saint Roch n’était plus.
CSM Tous droits réservés July, 2008 Nouvelle-Episode 8 "L'autre"Le passé, les sensations enfouies, perdues, cette présence étrange dans ses souvenirs…La clef était forcement là, la clef de ce mystère, de ces mystères. Solène avait l’impression d’être dans une bulle de coton, son esprit était ouaté d’incompréhension. « Impossible, c’est impossible » se répétait-elle comme un mantra depuis cinq bonnes minutes, essayant de raisonner autrement. « Mes cauchemars me dévorent déjà, les arbres ne bougent pas dans la réalité. Est-ce ça le début de la folie ? Quand l’impossible s’impose à notre esprit sans qu’on puisse le repousser ? ». Non, Solène n’était pas folle, la solution était forcement caché quelque part, elle était simplement trop près pour arriver à la trouver. Sans doute était-ce la chose qui avait cassé et abîmé son arbre qui avait fait bouger cette branche… Mais ça n’allait pas, les deux branches étaient trop éloignées l’un de l’autre et la balafre était dans le prolongement de la cassure. La logique ne marchait pas. « Je dois replonger, laisser cette histoire d’arbre et de branche de côté pour l’instant et aller chercher plus profond, là où sont tapis les –monstres- souvenirs. Je pourrais avoir l’esprit plus clair, tout s’éclairera alors et je rirai sans doute de n’avoir pas trouvé la solution tout de suite. ». Mais elle n’arrivait pas à se convaincre de ça. La solution n’était pas sous son nez, simple et absurde. Ce n’était pas aussi simple. Elle le savait d’instinct, comme les chiens sentent les tremblements de terre avant qu’ils n’arrivent. Elle sentait que son monde allait trembler. « Laisse ça de côté vieille timbrée, occupe-toi de cette histoire de souvenirs étranges et c’est tout ! » Solène ferma les yeux, tenta de faire le vide, de mettre de côté son trouble, de ranger ses interrogations dans un « tiroir mental » et de remonter le courant de ses souvenirs. Elle chercha le fil d’eau menant à la rivière du passé. Elle chercha la maison de son enfance, le jardin, le visage de son père. Rien. Le vide lui faisait face. Son esprit refusait de quitter la berge. Elle se concentra plus fort, se poussa, s’encouragea, s’exhorta. Rien. Elle ouvrit les yeux et poussa un juron bien senti. « Mais qu’est-ce qui cloche chez moi bon sang ?! ». Solène était furieuse contre elle-même, quelle idée, se bloquer de ses propres souvenirs. Elle était peut être folle finalement ! « Pas folle, juste vieille et idiote. Bon, calme toi, t’énerver ne t’aidera pas. ». Elle se mit à respirer longuement, plusieurs fois, se forçant à espacer de plus en plus les respirations jusqu’à retrouver son calme. Au bout de quelques minutes, l’effervescence de son esprit s’apaisa un peu, lui permettant de se concentrer de nouveau. Elle le garda en éveil « pour ne pas se faire dévorer » comme aurait dit son père, « une fois suffit. »se dit-elle « j’ai compris la leçon ». Elle réussi à rester tranquille tout en étant à l’écoute. « Ca va bien finir par venir ». Elle se mit à attendre quelque chose sans trop savoir quoi. Le temps s’écoulait paisiblement autour d’elle. C’est alors qu’elle était parfaitement calme, l’esprit ouvert, qu’une onde de douleur la frappa sans prévenir. Choquée, elle se retint au dernier moment de se fermer, de se défendre. Au contraire, Solène se força à s’ouvrir, elle devait comprendre et son instinct lui dictait qu’elle devait en passer par là. En l’acceptant, elle se rendit compte que l’onde ne venait pas d’elle. Elle émanait d’ailleurs. Solène devait trouver d’où. Elle détacha soigneusement sa conscience de l’impression de douleur qui s’enroulait à ses pensées, la réunit en un chemin entre elle et ce qui l’avait créé. Puis elle s’engouffra dedans, remontant le long de la souffrance jusqu’à trouver son origine. Les choses changèrent, comme dans ses souvenirs, tout se transforma autour d’elle. Elle cru être repartie dans son passé mais, petit à petit, ses yeux s’habituèrent et elle reconnu les contours de sa petite chambre de vieille femme. Les objets qui la peuplaient semblaient fades, gris, limités. Mais une chose attirait son attention, la chose qui projetait sa douleur. L’arbre se tenait là, devant elle, occultant toute autre chose par sa présence, par la vie qui se dégageait de lui, l’entourant comme un halo. Solène fut éblouie par la lumière qui en émanait, par cette conscience tendue vers elle, nouvelle mais familière. C’était comme si une peau morte était tombée de ses yeux, lui révélant un monde qu’elle connaissait sans en avoir conscience, dans lequel elle vivait sans s’en rendre compte. Elle était déjà venue dans ce monde. Elle mit ça de côté et son attention se concentra sur l’arbre. La lumière s’échappait en vapeur tourbillonnante de la branche cassée et de la plaie du tronc. Elle pouvait voir l’onde pulsante de douleur que l’arbre envoyait autour de lui. Solène réalisa que la lumière de l’arbre diminuait sensiblement, que les volutes de vapeur de vie perdue ne s’arrêtaient pas, qu’elles auraient dû s’arrêter. Elle réalisa également autre chose de troublant, l’arbre la voyait, l’appelait. Elle su ce qu’elle devait faire. Solène ouvrit totalement les vannes de sa conscience, s’abandonnant à la lumière.
CSM Tous droits réservés July, 2008 Nouvelle-Episode 7 "Questions"Solene regardait la blessure de l’arbre sans pouvoir en détacher les yeux. Si les sentiments peuvent imprégner les visages au point de les transformer, alors elle était l’image même de l’incompréhension. Elle resta ainsi de longues minutes, les yeux en point écarquillés et la bouche entrouverte, comme si son esprit refusait d’avancer, de reprendre le fil de ses idées. Au bout de dix minutes, le temps sembla reprendre sa course effrénée et les questions suspendues se mirent à assaillir Solène. Qu’est ce qui avait bien pu faire ça à son arbre ? Et pourquoi ? Pourquoi entailler ainsi le tronc d’un arbre ? Elle sentait –savait- que cette marque était intimement liée à ce qu’elle venait de vivre mais elle n’arrivait pas à comprendre en quoi. Elle avait cru voir un reflet familier dans les feuilles mais elle ne l’avait qu’entraperçu avant qu’il ne s’évanouisse et elle n’était même plus sûre de ce qu’elle avait vu. Les yeux jouent des tours avec l’âge. Solène fit un effort pour retrouver son sang froid, pour retrouver cet esprit affûté qui avait fait d’elle une élève brillante durant toute sa scolarité. Sauf que son esprit, tout comme son corps, avait vieilli. La solitude et la tristesse l’avait émoussé, ou plutôt, elle les avait laissé s’émousser, pour avoir moins mal d’être encore là, pour oublier l’injustice de la vie qui reprend irrémédiablement ce qu’elle donne. Jamais elle n’aurait pu imaginer que la vie lui demanderait de se battre à nouveau. Solène se senti vieille et fragile et elle se demanda si elle avait vraiment envie de se battre, si elle n’allait pas simplement laisser les choses suivre leurs cours, dût-elle en payer le prix. Une voix résonna alors dans sa tête : « Si tu veux empêcher les cauchemars de te dévorer, il te suffit de te réveiller ! ». La voix de son père parlant à une petite fille terrorisée dans son lit. La voix de son père quand elle sortait, terrifiée, de ses nuits d’enfant. Plus tard, il lui dirait que se réveiller permettait aussi de réaliser ses rêves, autant que d’en sortir. Et elle l’avait écouté, toute sa vie elle avait essayé de rester en éveil. Quand avait-elle laissé le sommeil l’envahir au point que ses cauchemars ne menacent de la dévorer ? Son père avait raison, elle devait se réveiller, arrêter de s’apitoyer sur son sort et se battre, parce qu’on l’avait aimé pour sa force et qu’elle ne voulait pas trahir l’amour qu’elle avait reçu. Parce que son père lui avait appris à toujours se battre. Parce qu’elle devait le faire. Solène se concentra, elle essaya de renouer le cours des évènements, de chercher ce qui lui avait échappé. Les marques, puis les souvenirs, puis le bruit de la branche contre le carreau, la branche poussée par le vent qui lui avait permis de remonter, la branche poussée par le vent… Solène tourna brusquement la tête vers l’arbre, elle avait du mal à accepter l’évidence qui venait de se faire jour. Quand elle s’était réveillée de sa prison de souvenir, la fenêtre était entrouverte. Elle aurait du sentir le vent. Elle n’avait pas senti le plus petit souffle d’air. Son esprit choqué avait admis le vent comme une évidence alors qu’il n’y en avait pas. Ce n’était pas le vent qui avait fait bouger la branche, rien n’avait fait bouger la branche, elle avait bougé d’elle-même. CSM Tous droits réservés July, 2008 Nouvelle-Épisode 6 "Ami"Camille partie, Solène reste seule dans sa chambre. Elle entend Rosa, sa voisine de chambre, chanter à tue tête un vieil air démodé. Il faut dire que Rosa est sourde comme un pot et qu'elle ne sait pas chanter autrement qu'à tue-tête. De plus, ce qui n'arrange rien, c'est que Rosa chante aussi faux qu'elle chante fort. Au début, ça amusait beaucoup Solène, mais après quelques années, la lassitude aidant, les vocalises de Rosa lui tapent royalement sur les nerfs. Heureusement qu'elles ne sont réservées qu'au Mardi, jour où sa fille vient, armée d'une ribambelle d'enfants turbulents, lui rendre visite. CSM Tous droits réservés |
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