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August, 2008 Nouvelle-Episode 10 "Arbre"« Pourquoi puis-je te voir ? » Très rapidement, Solène avait trouvé les clefs de cette nouvelle langue et elle déversait maintenant son trouble, son incompréhension et sa soif de réponse en un flot ininterrompu d’images à destination du pommier. Elle voulait savoir. -Parce que c’est ton bois. -Mon bois ? -Tes origines, ce que tu es, le bois dont tu es fait. -Je ne comprends pas. Pourquoi seulement maintenant ? -Parce que la sève dormait. Tu as traversé un long hiver. L’été revient dans ton corps. - Mais mon corps est trop vieux, ma vie est derrière moi et je ne sais pas comment gérer cette force qui sommeil en moi. Et je n’en veux pas ! -C’est ton bois, tu ne le choisis pas. Il est fait pour ça. Tu renaîtras quand tu seras prête à accepter l’été de ta sève. Solène était perdue, elle essayait tant bien que mal d’intégrer toutes ces informations. Le langage sibyllin de l’arbre ne l’aidait pas non plus. Tant de changements, de bouleversements dans sa vie qu’elle avait faite tranquille, morne, un avant goût d’un sommeil plus profond. Elle s’était résignée à ne plus rien attendre si ce n’est l’arrivée de la mort. Elle l’attendait même comme une amie qui empêcherait le souvenir de moments heureux de revenir la hanter. Une amie quelque peu en retard à son goût. Et voilà qu’un arbre venait de lui annoncer qu’elle devait renaître et qu’il lui suffisait de découvrir le mystère de sa nature, l’explication de ce qui lui arrivait. Si c’était un rêve, il était soit très cruel soit d’un humour plus que douteux. Mais c’était son rêve et elle savait au fond d’elle qu’elle devait aller jusqu’au bout, même si le prix à payer commençait déjà à être élevé. Solène se ressaisit. L’onde amicale de l’arbre l’aidait à tenir le coup, comme une couverture de douceur, chaude et réconfortante. Elle envoya une image de la blessure de l’arbre telle qu’elle l’avait vu la première fois. -Qui t’a fait ça ? Une onde de peur lui parvint. -Ton bois. La réponse ébranla Solène. Elle demanda tout en redoutant la réponse : -C’est moi qui t’ai fait ça ? -Non, pas toi, un autre de ton bois. Solène encaissa le coup. Elle était allée trop loin pour s’arrêter. - Qu’est ce que tu veux dire ? Une autre femme de cette maison ? Quelqu’un qui me ressemble ? - Non, pas qui te ressemble, pas quelqu’un qui vit dans ton abri non-nature. Ton bois, ta sève. Il est venu d’ailleurs, te cherche. Il veut ton énergie. Une nouvelle onde de peur trouble l’enveloppe de chaleur. L’arbre continue : « Je ne voulais pas ça, je l’ai chassé. Alors il a tenté de me détruire. » Solène revit les volutes tourbillonnantes s’échapper de l’arbre. « Merci. » lui envoya t’elle en une image chargée de tous les sentiments que lui inspirait l’arbre. Sa présence toutes ces années, toutes ces fois où il avait allégé sa solitude et sa peine juste parce qu’il était là, repère inébranlable et calme dans sa vie morne, tout ces élans d’amour qu’elle avait eu pour lui, elle les mit dans cette image. Solène sentit que l’arbre se mettait à briller plus fort. Il lui renvoya l’image d’une femme d’âge mûr mais encore dynamique, riante, au bras d’un homme qui lui sourit, et l’amour se lit dans son sourire autant que dans les yeux de la femme. Solène eu à peine le temps d’un mouvement de recul de surprise avant que l’image ne se mette à s’animer. La femme tient une pomme dans sa main droite et la main de l’homme dans la gauche. Elle s’arrête, regarde autour d’elle le champ où ils se trouvent, se baisse, porte le fruit à ses lèvres pour y déposer un baiser avant de le mettre délicatement dans le trou d’une taupe devant elle puis de le recouvrir de terre. Elle se relève, rayonnante, embrasse l’homme puis s’éloigne avec lui. Le cœur de Solène se serra douloureusement dans sa poitrine, comme s’il voulait aspirer tout son corps. Sa respiration se fit difficile et son diaphragme se contracta alors que les larmes montaient à ses yeux. Elle s’en souvient. C’était un week-end de Juin, ils étaient partis se balader et elle avait trouvé ce champ en jachère plein de fleurs sauvages si joli qu’elle avait voulu y aller. Elle avait vu un petit bosquet d’arbres de l’autre côté du champ et, regardant l’homme qui était l’amour de sa vie, s’était dit qu’ils n’étaient pas encore trop vieux pour faire l’amour au milieu des arbres. La pomme c’était son dessert qu’elle n’avait pas mangé et elle s’était dit que si elle arrivait à ses fins, elle ne la mangerait jamais. Et elle arrivait toujours à ses fins. Elle l’avait embrassée avant de la planter, pour lui souhaiter bonne chance, pour qu’elle pousse mieux, dans l’euphorie du moment. Cet arbre, c’était le sien, le sien et celui de l’amour qu’elle ressentait. Une larme roula sur sa joue ridée. Le monde redevint ce qu’il avait toujours été auparavant alors que Solène enfouissait son visage dans ses mains, submergée par le chagrin. Elle avait coupé le contact avec l’arbre dans son irrépressible envie de fuir ce qu’elle venait de voir. Dans sa petite chambre, elle pleura comme elle n’avait pas pleuré depuis des années.
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