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2008年7月 Nouvelle-Episode 8 "L'autre"Le passé, les sensations enfouies, perdues, cette présence étrange dans ses souvenirs…La clef était forcement là, la clef de ce mystère, de ces mystères. Solène avait l’impression d’être dans une bulle de coton, son esprit était ouaté d’incompréhension. « Impossible, c’est impossible » se répétait-elle comme un mantra depuis cinq bonnes minutes, essayant de raisonner autrement. « Mes cauchemars me dévorent déjà, les arbres ne bougent pas dans la réalité. Est-ce ça le début de la folie ? Quand l’impossible s’impose à notre esprit sans qu’on puisse le repousser ? ». Non, Solène n’était pas folle, la solution était forcement caché quelque part, elle était simplement trop près pour arriver à la trouver. Sans doute était-ce la chose qui avait cassé et abîmé son arbre qui avait fait bouger cette branche… Mais ça n’allait pas, les deux branches étaient trop éloignées l’un de l’autre et la balafre était dans le prolongement de la cassure. La logique ne marchait pas. « Je dois replonger, laisser cette histoire d’arbre et de branche de côté pour l’instant et aller chercher plus profond, là où sont tapis les –monstres- souvenirs. Je pourrais avoir l’esprit plus clair, tout s’éclairera alors et je rirai sans doute de n’avoir pas trouvé la solution tout de suite. ». Mais elle n’arrivait pas à se convaincre de ça. La solution n’était pas sous son nez, simple et absurde. Ce n’était pas aussi simple. Elle le savait d’instinct, comme les chiens sentent les tremblements de terre avant qu’ils n’arrivent. Elle sentait que son monde allait trembler. « Laisse ça de côté vieille timbrée, occupe-toi de cette histoire de souvenirs étranges et c’est tout ! » Solène ferma les yeux, tenta de faire le vide, de mettre de côté son trouble, de ranger ses interrogations dans un « tiroir mental » et de remonter le courant de ses souvenirs. Elle chercha le fil d’eau menant à la rivière du passé. Elle chercha la maison de son enfance, le jardin, le visage de son père. Rien. Le vide lui faisait face. Son esprit refusait de quitter la berge. Elle se concentra plus fort, se poussa, s’encouragea, s’exhorta. Rien. Elle ouvrit les yeux et poussa un juron bien senti. « Mais qu’est-ce qui cloche chez moi bon sang ?! ». Solène était furieuse contre elle-même, quelle idée, se bloquer de ses propres souvenirs. Elle était peut être folle finalement ! « Pas folle, juste vieille et idiote. Bon, calme toi, t’énerver ne t’aidera pas. ». Elle se mit à respirer longuement, plusieurs fois, se forçant à espacer de plus en plus les respirations jusqu’à retrouver son calme. Au bout de quelques minutes, l’effervescence de son esprit s’apaisa un peu, lui permettant de se concentrer de nouveau. Elle le garda en éveil « pour ne pas se faire dévorer » comme aurait dit son père, « une fois suffit. »se dit-elle « j’ai compris la leçon ». Elle réussi à rester tranquille tout en étant à l’écoute. « Ca va bien finir par venir ». Elle se mit à attendre quelque chose sans trop savoir quoi. Le temps s’écoulait paisiblement autour d’elle. C’est alors qu’elle était parfaitement calme, l’esprit ouvert, qu’une onde de douleur la frappa sans prévenir. Choquée, elle se retint au dernier moment de se fermer, de se défendre. Au contraire, Solène se força à s’ouvrir, elle devait comprendre et son instinct lui dictait qu’elle devait en passer par là. En l’acceptant, elle se rendit compte que l’onde ne venait pas d’elle. Elle émanait d’ailleurs. Solène devait trouver d’où. Elle détacha soigneusement sa conscience de l’impression de douleur qui s’enroulait à ses pensées, la réunit en un chemin entre elle et ce qui l’avait créé. Puis elle s’engouffra dedans, remontant le long de la souffrance jusqu’à trouver son origine. Les choses changèrent, comme dans ses souvenirs, tout se transforma autour d’elle. Elle cru être repartie dans son passé mais, petit à petit, ses yeux s’habituèrent et elle reconnu les contours de sa petite chambre de vieille femme. Les objets qui la peuplaient semblaient fades, gris, limités. Mais une chose attirait son attention, la chose qui projetait sa douleur. L’arbre se tenait là, devant elle, occultant toute autre chose par sa présence, par la vie qui se dégageait de lui, l’entourant comme un halo. Solène fut éblouie par la lumière qui en émanait, par cette conscience tendue vers elle, nouvelle mais familière. C’était comme si une peau morte était tombée de ses yeux, lui révélant un monde qu’elle connaissait sans en avoir conscience, dans lequel elle vivait sans s’en rendre compte. Elle était déjà venue dans ce monde. Elle mit ça de côté et son attention se concentra sur l’arbre. La lumière s’échappait en vapeur tourbillonnante de la branche cassée et de la plaie du tronc. Elle pouvait voir l’onde pulsante de douleur que l’arbre envoyait autour de lui. Solène réalisa que la lumière de l’arbre diminuait sensiblement, que les volutes de vapeur de vie perdue ne s’arrêtaient pas, qu’elles auraient dû s’arrêter. Elle réalisa également autre chose de troublant, l’arbre la voyait, l’appelait. Elle su ce qu’elle devait faire. Solène ouvrit totalement les vannes de sa conscience, s’abandonnant à la lumière.
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